

EDWIN RAPHAEL – I Know a Garden
Sur son plus récent album I Know a Garden, l’auteur-compositeur originaire de Dubaï et établi à Montréal, Edwin Raphael, tisse une riche tapisserie de rêves et de souvenirs. Sa pop de chambre, à la fois luxuriante et intimiste, s’épanouit avec la minutie d’un artisan façonnant un Eden immersif. Après les premiers EP et l’album Warm Terracotta (2023), inspiré par une île surgissant nuit après nuit dans ses rêves, I Know a Garden opère un mouvement vers l’intérieur : un lieu verdoyant, niché au cœur de cette île, où se mêlent les racines de sa vie et les bourgeons de futurs possibles. Un monde dans le monde, idéal pour un artiste qui explore la complexité de l’identité et la douce étrangeté d’exister.
« Je voulais trouver l’endroit le plus sûr de l’île, et c’est ce jardin, explique Raphael. Je dois aussi le quitter pour chercher à l’extérieur ce qui lui permettra de grandir. Mais je peux toujours y revenir pour me sentir en sécurité. I Know a Garden est un palais construit à partir de souvenirs d’enfance, de petites histoires racontées par mes parents, et de cette spiritualité qui m’a bercé, mais à laquelle je n’avais pas pensé depuis des années. »
L’une de ces histoires, presque irréelle, est restée gravée en lui. Enfant, il passait ses étés en Inde, dans la maison de sa mère, au cœur de la forêt. Un jour, sa mère captura délicatement une libellule, attacha un fil à sa queue et la guida pour qu’elle dépose de minuscules cailloux dans les mains de ses enfants. Longtemps, Edwin crut avoir rêvé cette scène, jusqu’à ce que sa sœur retrouve une vieille cassette vidéo qui la confirma.
« Hymn for a Dragonfly résume ce temps passé dans la forêt, raconte-t-il. C’était magique, et cela a nourri mon imagination. »
Comme le reste de l’album, cette pièce a été façonnée avec une infinie délicatesse, dans l’espoir d’offrir à l’auditeur un moment de pure présence, ancré dans l’environnement qui l’entoure.
Plonger dans ce jardin, c’est accéder à un espace de présence totale, presque idyllique. Dans The Garden Against Time, l’autrice britannique Olivia Laing rappelle que le mot « paradis » vient du terme avestique pairidaēza — « jardin clos ». « C’est le jardin qui est venu en premier, le ciel marchant dans son sillage », écrit-elle.
C’est l’un des fils conducteurs de I Know a Garden : avec soin, attention et présence, il est possible de cultiver le paradis ici et maintenant. Nous y sommes déjà — il suffit de l’apercevoir et de le révéler.
Cet émerveillement traverse l’album. Il éclaire First Time on Earth, qui adopte le regard d’un visiteur extraterrestre pour saluer le miracle de notre planète (« everything’s uncertain, but it’s beautifully designed », chante Raphael). Il se reflète dans Mosaic in the Sun, où nos identités fragmentées se comparent à la lumière se réfractant au soleil. Il se teinte de mélancolie dans Shame You Swim So Well, méditation aquatique sur l’impossibilité de comprendre le mouvement d’un autre corps, et dans Moonstruck, qui évoque les barrières sociales liées à son identité racisée — non choisie, mais accueillie comme un cadeau. « Il y a un étrange réconfort à accepter les choses telles qu’elles sont, confie-t-il. C’est ce sentiment qui me rend complet, qui fait que je suis moi. »
L’album s’achève sur Sunbeam, douce méditation sur le déroulement d’une journée, comme une berceuse qui invite au repos et à la renaissance : « On a ce petit rayon de soleil, ce moment où tout est vivant et luxuriant, puis on s’endort, jusqu’à avoir la chance de tout recommencer », résume Raphael.
— Matt Horseman, 2025